
Les nouveaux pirates font trembler les banques suisses
Aaaah, la Suisse… son chocolat, ses montres, ses vaches… et ses troublantes transactions.
La Suisse, attaquée de toutes parts pour son secret bancaire (voire l’explication du terme ici), doit faire face à la curiosité croissante des services d’espionnage internationaux, très intéressés par les informations que recèle sa place financière, d’après une interview de M. Bühler, le patron des services de renseignements intérieurs suisses, le Service d’analyse et de prévention.
“Cette situation s’est renforcée avec la crise financière et la compétition” entre places financières, avec notamment des attaques de pirates sur internet qui tentent de s’introduire dans les réseaux des banques, assure M. Bühler. Une partie de ces assauts via le web provient “de l’Asie ou passe par la Chine sans qu’il soit possible de dire avec exactitude de quel pays ils proviennent”.
Les services de renseignements intérieurs helvétiques, une petite structure de 120 personnes dépendante du ministère de la Défense, estiment dans leur rapport annuel que “l’espionnage continue d’être exercé en Suisse sous toutes ses formes”, allant de l’espionnage classique par informateur au renseignement via des moyens sophistiqués de télécommunication. La plupart du temps, les espions infiltrent la Suisse, siège de nombreuses institutions internationales, avec un statut de diplomate ou sous couvert d’une activité de journaliste, selon les renseignements helvétiques. Pour l’agence, la Confédération “se trouve dans le collimateur des services de renseignements étrangers en raison de son importance comme plateforme de négoce de matières premières et sa place financière”.
Face à cet intérêt, les autorités fédérales ont interdit l’année dernière l’accès au territoire à 21 ressortissants étrangers disposant d’un statut de diplomate, contre 8 en 2007. Des mesures “préventives”, qui ne sont pas toujours liées à des affaires d’espionnage financier, prévient M. Bühler. Face aux menaces des grands pays européens et des Etats-Unis, la Suisse a décidé courant mars de lâcher du lest sur son secret bancaire et mène actuellement des négociations avec plusieurs pays pour être rayée de la liste “grise” des paradis fiscaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais c’est le petit voisin, le Liechtenstein, qui a démontré de manière flagrante la vulnérabilité des banques face aux attaques des services de renseignements. En février 2008, un ancien salarié de la banque LGT a dérobé des documents qu’il a remis aux services secrets allemands, mettant à jour un vaste scandale (dont on peut lire le détail ici) de fraude fiscale qui s’est répandu à d’autres pays et a poussé plusieurs Etats, dont la Suisse et le Liechtenstein, à faire des concessions sur le secret bancaire. L’affaire de la banque princière LGT “a été un coup de semonce pour l’ensemble du secteur” financier, relève un porte-parole de l’Association suisse des banquiers. Le vol des documents contenant des informations confidentielles sur les clients de la banque “a démontré les dangers”, comme l’explique cet article, qu’encourent les établissements bancaires s’ils ne se protègent pas suffisamment, explique-t-il.
Autant les “pays d’Europe occidentale qu’orientale” mènent des activités d’espionnage en Suisse, commente encore M. Bühler, sans nommer les pays suspectés pour des raisons diplomatiques. Face à ces attaques, les autorités suisses tentent de sensibiliser les établissements bancaires aux dangers encourus. Mais “on ne peut pas placer une patrouille de police devant chaque banque”, commente le patron des services de renseignements.
Célia Héron (avec AFP)
Photo : Slushpup/Flickr